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Livre de bord

Jeudi 5 janvier 2006

MAL DE MER

L'hiver est long. J'ai le mal de mer de rester à terre.   

Je traîne, relis des ouvrages de régates, de courses au large, mais il n'y a pas la mer en trois dimensions. Il est 4 heures du matin, je me souviens d'une nuit, cette été, où seul à la barre, mes sens étaient tous en ébullition. Tout l'équipage dort, je prend le quart à partir de 1 heure et demi du matin. Force 4, coup de vent à 5, houle par le travers. Je règle le bateau. Et nous voila partis tous les deux, lui et moi, moi et lui, un plus un égal un. Une fois réglé, j'oublies vite les instruments. Je l'ai en main, je le sens, et je ne fais plus qu'un avec lui. Les anglais qualifient le bateau comme un nom féminin. Je suis assez d'accord.  Sur tribord, je vois deux bateaux de pêches qui se dirigent vers moi, mais j'ai de la marge, je passes devant.  Plus loin, j'aperçois plusieurs lueurs de phares improbables, car trop lointaines. Je ne vois pas la cote.Je ne vois plus les vagues, je les sens arrivées, et les anticipe.

Je suis bien. Le vent et la mer m'ont emplis de leurs forces, et plus rien d'autre n'existe.  L'humanité à ce moment là, je m'en fous et contre fous. De temps en temps, un petit réglage, un embrun qui malgrè tout, passe par dessus , et me fouette le visage.

7 heures du matin, le jour s'est levé, et l'équipage aussi. Je n'ai pas vu les heures passées. J'ai l'impression d'avoir pris la barre cinq minutes avant.

..../... clara morgane

Par jil.surcouf
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